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« Trois questions + une » du Clan à son second parrain, Christophe Goffette

portraitgoffettetest1/ le Clan : Christophe Goffette, tu nous fais l’honneur de parrainer le Clan en cette année 2015. Qu’est-ce que cette mystérieuse famille évoque chez toi ?

Christophe Goffette : J’aime bien l’idée de tribu, même si c’est un peu paradoxal, car cela va quand même un chouilla à l’encontre de l’aspect grégaire et maladif de notre piètre humanité —et la médiocrité qui va avec— deux constats que je passe mon temps à dénoncer, à mon humble petit niveau, et parce que c’est plus fort que moi —et même à combattre parce que je suis perpétuellement en colère. Et j’ai besoin d’exprimer cette colère, tout le temps, au quotidien, c’est l’un de mes carburants pour créer, avancer, j’ai besoin d’être potentiellement dans le conflit. Ceci dit, j’aime aussi et surtout l’idée de regrouper des forces vives, de défendre des valeurs communes, de s’entraider et ainsi qu’avec les forces vives vivent les farces… Je pense être plutôt altruiste comme personne, même si, par les temps qui courent, c’est presque devenu un gros mot. Et ce que j’apprécie le plus, par rapport au Clan, c’est justement ce côté familial inhérent et induit même dans ta question. Et puis, créativement parlant, tout l’aspect force de proposition protéiforme, le fait qu’il s’agisse de valeurs ajoutées empilées les unes sur les autres, qu’on fasse front commun contre la bêtise ambiante. Ce sont de belles valeurs et je suis très honoré de pouvoir les défendre aussi par ici, avec vous…

2/ le Clan : Comment te présenterais-tu à la génération galopante qui débarque ?

Christophe Goffette : Depuis mon plus jeune âge, je suis nourri par un certain nombre de choses : rencontres, voyages, discussions, écrits, lectures, films, musique… Ces différents afflux m’inspirent à leur tour mais quand je régurgite tout ça, ça prend moins de formes car je ne suis malheureusement pas doué pour certaines choses. Je ne sais pas dessiner par exemple, alors que j’aurais adoré. Et je suis un piètre musicien. Me restent alors l’écrit et le partage. Et le partage par l’écrit par ricochet, forcément. Ensuite, je crée beaucoup par défaut, c’est-à-dire que j’ai imaginé et/ou dirigé des revues (cinéma, musique, BD…) simplement parce que j’avais envie de les lire et qu’elles n’existaient pas. Idem pour les livres que j’ai pu diriger ou écrire moi-même —ou les manifestations que j’ai organisées ou dirigées. Le cinéma, c’est différent, c’est davantage l’expression de choses enfouies plus profondément et cela reflète donc encore plus mes colères, mais, quelque part, c’est un peu la même chose : et, dans un même ordre d’idées que pour mon boulot d’éditeur et rédacteur en chef, je vais sans doute proposer un cinéma qui n’existe pas ou plus beaucoup, parce que le système actuel —et la société peut-être aussi— ne le permet plus. Quand j’étais ado, c’était la grande époque de ce que j’appelle le cinéma d’auteur et de genre à la fois, avec l’avènement de fortes personnalités comme Cronenberg, Carpenter, Verhoeven, De Palma, Romero, Weir, Jarmusch, les Coen brothers, Oliver Stone, Gilliam bien sûr… J’espère m’inscrire dans cette mouvance, même si je pense être bien différent de toutes ces personnes, et pas même un bon condensé de leur mélange. Et aussi que, jusqu’à preuve du contraire, je n’en ai peut-être pas le centième du talent !…

3/ le Clan : Christophe, tu es le fondateur des magazines indé et respectés Brazil, Compact, Crossroads, tu as été rédacteur en chef de Fluide Glacial. Tu es également éditeur et auteur de nombreux livres qui parlent du cinéma et de musique. Tu as offert sur un plateau déjanté la bande des Monty Python aux humoristes en carton tricolore que nous sommes. Aujourd’hui, tu relances en version 3.0 ton légendaire mag Brazil et tu termines, entre autres, ton premier long métrage, Uchronia, dont la sortie est prévue pour 2016… Bref, à l’instar de Jean-Pierre Melville, tu es l’homme aux mille chapeaux. Parle-nous justement de ton film Uchronia, du tournage, de cette première expérience en long en large et en couleur.Pré-affiche Uchronia signée Reza Benhadj

Christophe Goffette : Aussi curieux que cela puisse paraître —car j’y ai consacré quand même environ trente ans de mon existence—, je n’ai jamais vraiment ressenti une vraie envie d’être éditeur ou rédacteur en chef. J’aimais bien l’idée d’être un relais, je voulais partager mes coups de cœur et ça a démarré, comme ça, avec deux fanzines (un sur le ciné fantastique, l’autre sur la musique), quand j’étais ado. Et puis, il s’est passé un truc que je n’ai jamais cherché à expliquer —et d’ailleurs, on s’en fout, moi le premier : ça a plu, ce que j’écrivais plaisait, les films ou disques ou artistes que je voulais défendre trouvaient aussi un écho auprès d’un lectorat de plus en plus nombreux et fidèle… et j’en ai fait, disons, mon passe-temps principal, à défaut d’un métier (je n’aime pas ce terme). Et cela restait quand même le meilleur moyen pour exprimer mes différentes passions, même si par exemple j’ai failli plusieurs fois monter une maison de disques ou même un label d’édition de bandes dessinées… Tout ça pour dire que, si je n’ai jamais eu envie véritablement de faire de la presse ou d’écrire des bouquins, par contre j’ai toujours su qu’il fallait que je fasse des films. J’ai aussi écrit mes premiers scénarios quand j’étais ado, mais c’était vraiment naze et une alerte quelque part en moi me freinait toujours, tant et si bien que je ne passais jamais vraiment à l’acte. Et puis, un jour, il y a peut-être 6 ou 7 ans, je me suis rendu compte que j’étais « prêt », que j’étais devenu réalisateur. Que des films avaient germé en moi, qu’ils étaient prêts à exister, qu’il ne leur manquait qu’un dernier coup de collier de ma part pour prendre forme. J’étais devenu réalisateur, à la seule différence que je n’avais pas encore fait de film(s). Ce qui d’ailleurs est amusant dans la mesure où je considère que la majorité des films qui sortent aujourd’hui ne sont pas faits par des réalisateurs, mais des marchands de lessive ou autres. Je suis très attaché à l’idée d’auteur, d’auteur-réalisateur… Pour moi, un film, c’est d’abord ce truc indéfinissable sur lequel je ne sais même pas quelle étiquette coller : c’est l’expression d’une espèce de vista qui fait qu’un film ne peut pas être fait deux fois de la même façon par deux personnes différentes… Or, aujourd’hui, on a l’impression que beaucoup sont interchangeables. Bref, j’ai eu comme cette révélation et j’ai commencé à écrire un scénario un peu fourre-tout, comme pour un film-somme, scénario qui, au bout d’un moment, est devenu « Uchronia ». J’ai laissé le film venir à moi, j’ai laissé cet univers s’animer sous mes yeux, presque malgré moi d’une certaine manière. Dès le début, je savais que je n’irais pas chercher un financement classique —et donc une façon « normale » de le produire, je savais que ça serait du cinéma-guérilla, mais aussi que ça pouvait être même un plus, si c’était directement inclus dans mon récit, dans ce monde parallèle, si proche du nôtre. Parce que « Uchronia » est donc une uchronie. C’est un monde parallèle, qui n’entretient aucun lien avec notre univers, sauf qu’y sont extrapolés, malaxés, exagérés jusqu’à l’excès nos travers les plus absurdes et les dérives de plus en plus discutables de notre société dite moderne. « Uchronia », c’est une façon de montrer du doigt l’absurdité de notre monde —sans avoir l’air d’y toucher— et par l’absurde. Une façon de soigner nos maux par le rire, aussi. Difficile d’en dire plus sur « Uchronia », sans en dire trop —ou spoiler le film. Là-dessus, j’ai pris pour habitude de le résumer ainsi : c’est comme si on demandait à Groucho Marx, Kafka, Gotlib, Desproges et Philip K. Dick d’adapter « 1984 » d’Orwell, pour Kaurismäki, et avec les Monty Python ! Le film a été fait quasiment sans argent, mais le délabrement (présumé) du processus de production a été inclus à l’histoire, afin de pouvoir jouer aussi avec cette idée qu’un bon film c’est d’abord des idées et pas des zéros sur un compte en banque, mais également de pouvoir s’en affranchir. Une bonne quarantaine d’acteurs de renommée nationale ou internationale m’a suivi sur ce projet, ainsi que différentes personnes vraiment douées dans leur domaine respectif (SFX, maquettes, photo…). Je ne peux pas les citer tous car il y a beaucoup de surprises et que ça serait également déflorer une partie de ce qu’est « Uchronia », mais il y a notamment, Terry Gilliam, Chantal Lauby, Maurice Barthélemy, Didier Super, Zoé Felix, Delphine Chaneac, Chloé Dumas, Dorothée Brière, Maud Jurez, Frédéric Chau, Thomas VDB, Pierre-Emmanuel Barré, Jan Kounen, Gabriella Wright, Linh-Dan Pham, Noël Godin, Jean-Marc Rouillan et beaucoup, beaucoup d’autres… Dont, vous verrez, d’énormes surprises !

3 +1/ le Clan : Pour finir, le portrait des Carpates « spécial Christophe Goffette » :

Si tu étais un animal, tu serais ?
Une panthère noire. Depuis tout petit, c’est mon animal fétiche, je ne sais pas pourquoi. Sinon, une hyène. « Parce que la hyène, c’est un animal dont on parle jamais alors que c’est un animal qui peut être très important. Parce que moi, je trouve qu’être ami avec une hyène, souvent c’est plus important qu’être ami avec des… avec des vrais amis. » Bernie, c’est inusable, quand même…

Un objet ?
Un « asubakatchin » (ou « attrape-rêves » en langage gaulois blanc-blanc).
Un film ?
« Brazil » ! Forcément… Si on s’ouvre à ce film, peut-être pas le plus facile d’accès, et qu’en parallèle on ouvre un peu les yeux autour de soi, c’est forcément une œuvre qui marque, et profondément, et durablement.
Un livre ?
« Mon chien stupide » de John Fante. Rien que son titre en fait d’emblée un classique. Mais si tu me demandes un auteur, ce sera plutôt Philip K. Dick. Du milieu des années 60 à la fin de sa carrière un peu plus illuminée, K. Dick était aussi inventif que parano, donc forcément indispensable.
Un instrument de musique ?
Deux plutôt, un pour la tête et un pour les jambes ! Mon instrument de tête, ce serait l’Oud, dont j’adore les sonorités et que j’aime notamment parce qu’il est très répandu dans les pays arabes et, que cela plaise ou non à certains autoproclamés « de race supérieure », la culture arabe a été la plus sophistiquée —et de loin— qu’on ait connue sur cette planète. Mon instrument de jambes, c’est la batterie, parce que j’aime le rock par dessus tout pour l’énergie qu’il me transmet, et la batterie est l’instrument rock par excellence —et pas la guitare.
Une utopie ?
« Les Cités Obscures ». Quitte à rêver, autant rêver « beau » !… 
Un mort ?
Le petit cheval : tous les jours, même le dimanche, sur toutes les bouches, et tous les claviers brandulatoires !
Une constellation ?
La constellation des Poissons. D’abord parce que c’est mon signe du Zodiaque, et j’aime cette idée de vouloir toujours aller dans deux directions opposées en même temps. Et puis aussi parce que c’est une constellation avec peu d’étoiles très lumineuses et donc perceptibles à l’œil nu, et j’aime cette idée de conserver quelques mystères, de ne pas livrer ce qu’on a de meilleur au tout venant, de garder pour soi certaines choses qu’on juge précieuses.

CaptureCPsecondparrainchistophegoffetteUne légende ?
Elvis n’est pas mort ! Voir l’excellent « Bubba Ho-Tep » du frappadingue Don Coscarelli.
Une qualité ?
Le doute permanent comme animation de mon petit cortex cérébral à moi que j’ai.
Un défaut ?
Douter de cette qualité.
Un bandit ?
Martin Cahill. Parce que j’aime l’Irlande et les Irlandais. Parce que j’aime beaucoup Boorman, qui en a fait un film (« The General ») et parce que j’aime beaucoup Brendan Gleeson, qui l’interprète. Et enfin parce que j’aime beaucoup les bandits « à l’ancienne », qui respectaient leurs ennemis, quels qu’ils soient, et d’ailleurs luttaient d’abord contre un système. Aujourd’hui, tu te prends un coup de couteau pour 10 euros ou on vient chez toi la nuit te piquer la PS3 de tes mômes pour acheter deux grammes de crack, c’est devenu juste pathétique.
Un libertaire (autre que toi-même) ?
Desproges. Who else ?

Voir et télécharger le communiqué de presse Christophe Goffette second parrain du Clan oct 2015

Biographie

PLANCHE-GOFFETTE-PARRAIN3Christophe Goffette, né le 13 mars 1969 à Argenteuil dans le Val d’Oise, est un éditeur, journaliste, rédacteur en chef, scénariste, réalisateur et producteur. Il débute dans le fanzinat, à peine âgé de 14 ans avant de signer ses premières piges pro, à quinze ans seulement, à Guitares & Claviers. Suivront de nombreuses collaborations (presse, radio, puis télévision et enfin internet…), notamment à Line-Up, avant qu’il ne devienne son propre éditeur, en 1992, avec la sortie de Médiators. En 1995, on le retrouve à Best dont il assure la rédaction en chef, en 1997-1998. Un peu plus tard, il crée pour Cyber Press Publishing, le mensuel Music Up. Début 2000 est créée Bandits Company, société d’édition indépendante dont il est le gérant et qui publie diverses revues de cinéma (Brazil) et de musique (Compact, Crossroads)… Mai 2011, il devient rédacteur en chef de Fluide glacial. En 2015 Brazil débarque sur le Net version 3.0. Parallèlement,

Christophe Goffette démarre une carrière dans le cinéma, conservant son approche indépendante et multi-casquettes (réalisateur, scénariste, monteur, producteur). Son premier long-métrage de fiction, Uchronia, sortira début 2016.

 

Brazil 3.0

http://brazil3point0.com/

bandeau Brazil web

Autour de Uchronia

« Imaginez qu’on demande à Kaurismaki d’adapter « 1984 » d’Orwell avec les Monty Python -et en confiant l’écriture du scénario à Kafka, Groucho Marx et Philip K. Dick, et vous aurez une vague idée de ce qu’est « Uchronia » (ou pas !). » Christophe Goffette à propos de son premier film Uchronia.

Premier jour de tournage avec Terry Gilliam & Linh-Dan Pham

Photos de tournage

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La campagne participative pour soutenir le film Uchronia a pris fin le 13 décembre dernier. 551 contributeurs ont engagé 46 504 € pour soutenir ce projet.

Capture

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